 On aime. Mais comment savoir si l'amour est réciproque ? Comment s'en assurer
alors que rien encore n'a été dit… Nos grands-mères avaient quelques secrets,
qui semblent parfois bien difficiles à réaliser aujourd'hui…
Créer une « pomme d'amour » Dans le Massif Central, on conseillait de fabriquer une pomme
d'amour : «Il faut cueillir un vendredi, avant le lever du soleil, la plus belle
pomme d'un verger. On doit ensuite écrire, avec son sang, deux petits
papiers, sur le premier son nom et son prénom, à la ligne suivante le nom et le
prénom de la personne dont on veut être aimé. Il faut avoir trois de ses
cheveux, on y joint trois des siens pour lier le petit billet. Sur le
second, on écrit seulement scheva. On fend la pomme, on ôte les pépins
; à la place, on met les billets. Après quoi les deux moitiés de pomme doivent
être reliées avec deux brochettes de myrte verte [symbole d'éternité]. Il
faut faire sécher au four doucement pour que la pomme devienne dure, après quoi
on l'enveloppe dans des feuilles de laurier et, sans qu'elle s'en aperçoive, on
la met sous le chevet du lit de la personne.» (R. Crozet)
Utiliser du sang Dans les campagnes de la Drôme, les vieilles femmes des montagnes
savaient, disait-on, fabriquer des philtres d'amour avec du sang de coq ou de
mouton noir. La jeune fille pouvait aussi faire boire au garçon recherché
quelques gouttes de son sang dans du vin, du gâteau ou du café : une mixture
radicale, affirmait la tradition populaire, pour provoquer un attachement
éternel. La même recette existait dans le Languedoc ou en Gironde, où cette
pratique était encore courante vers 1900. Dans le Berry, c'était l'inverse :
c'était le sang de la personne dont on voulait se faire aimer qu'il fallait
parvenir à boire !
Recettes diverses En Auvergne, on conseillait au XVIIIe siècle, aux jeunes gens
soucieux de séduire, de prendre de la moelle dans le pied gauche d'un loup et
d'en faire une pommade à faire respirer à la jeune fille souhaitée. Chaque
respiration augmenterait son amour ! En Limousin, au cours des bals, le danseur
pouvait placer dans le sabot de sa cavalière et à son insu (ou la cavalière dans
le sabot du cavalier) une tige de l'herbe dite du Saint-Sacrement : les deux
jeunes gens ne pourraient dès lors plus se quitter.
Autres solutions :
saupoudrer l'épaule du veston du jeune homme aimé, sans qu'il s'en aperçoive,
d'une pincée de «poudre de chauve-souris» (cendres d'une chauve-souris incinérée
par les bons soins d'une «sorcière» de village) ; ou bien cueillir une feuille
de lierre sans la regarder, la placer sur le cœur du garçon quelques instants,
puis la rapporter chez soi et la glisser sous son oreiller...
On pouvait
aussi écrire sur un petit papier Aumus Porte aunnus bretingué,
l'entourer de beurre et le faire avaler quand le soleil est couché à
l'aimé(e)... mais sans qu'il soit découvert et recraché, c'est là toute la
difficulté ! Dans le Berry, c'est plus simple : la jeune fille doit
simplement faire manger au garçon un morceau de galette dans laquelle elle a mis
du fil, symbole du lien qui va désormais les attacher. Encore plus simple : dans
les Pyrénées, le garçon doit inscrire le prénom de la demoiselle sur trois
feuilles de laurier et parvenir à les glisser en secret sous son oreiller.
La recette du Petit Albert Le Petit Albert était un livre de sorcellerie que l'on
utilisait parfois dans les campagnes autrefois. Pour se faire aimer d'une
personne précise, il donnait aux jeunes gens les conseils suivants : «Vivez
chastement, au moins pendant cinq ou six jours, et le septième, qui sera le
vendredi, si faire se peut, mangez et buvez des aliments de nature chaude, qui
vous excitent à l'amour, et quand vous vous sentirez dans cet état, tâchez
d'avoir une conversation familière avec l'objet de votre passion et faites en
sorte qu'elle puisse vous regarder fixement, vous et elle, seulement l'espace
d'un Ave Maria ; car les rayons visuels, se rencontrant mutuellement,
seront de si puissants véhicules de l'amour, qu'ils pénétreront jusqu'au cœur,
et la plus grande fierté et la plus grande insensibilité ne pourront leur
résister. Il est assez difficile de convaincre une jeune fille qui a de la
pudeur de regarder fixement un jeune homme durant quelque espace de temps, mais
on la pourra obliger à cela, en lui disant, en badinant, qu'on a appris un
secret à deviner par les yeux, si l'on doit être bientôt mariée, ou si l'on
vivra longtemps, si l'on sera heureuse dans son mariage, ou quelque chose autre
semblable qui flatte la curiosité de la personne, et qui la fasse résoudre à
regarder fixement».
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